Il était une fois un discours, une voix, un homme : Patrice Emeri Lumumba …

Aujourd’hui c’est l’anniversaire du cinquantenaire de l’Indépendance du Congo Kinshassa, du Grand Congo obtenu le 30 juin 1960. Je pense que c’est une date mémorable non seulement pour les congolais mais pour tous les africains, car ce jour un grand homme est né, avec un grand discours, de grandes ambitions, un grand Rêve. J’ai nommé Patrice Emeri Lumumba.
50 ans après ce révolutionnaire message, qui jusqu’aujourd’hui ne fait pas l’unanimité même au sein de son propre peuple; 50 ans après, que l’Afrique fait son bilan, je me suis souvenu de lui, et souhaite partager avec vous ses pensées, sa flamme , sa vision, à travers son discours. On dit souvent qu’on peut tuer un homme, mais que c’est plus difficile de tuer ses idées. Car elles se propagent de générations en générations, de siècles en siècles. L’Afrique a connu de grands hommes, à mon avis il en fait partie, jugez-en par vous même.

Congolais et Congolaises,

Combattants de l’Indépendance aujourd’hui victorieux,

Je vous salue au nom du gouvernement congolais.

À vous tous, mes amis, qui avez lutté sans relâche à nos

cotés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date

illustre que vous garderez ineffablement gravée dans vos

coeurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la

signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour

fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l’histoire

glorieuse de notre lutte pour la liberté.

Car cette Indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec

la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce

nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise

(applaudissements), une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte

dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances,

ni notre sang.

Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus

profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour

mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force.

Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et

trop douloureuses encore pour que nous puissions le chasser de notre mémoire. Nous

avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient

ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d’élever nos

enfants comme des êtres chers.

Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi

et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu’à un Noir on disait « tu », non

certes comme à un ami, mais parce que le « vous » honorable était réservé aux seuls

Blancs ?

Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument légaux

qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort.

Nous avons connu que la loi était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un Blanc ou

d’un Noir : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres.

Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou

croyances religieuses ; exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la

mort elle-même.

Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les Blancs

et des paillotes croulantes pour les Noirs ; qu’un Noir n’était admis ni dans les cinémas,

ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens ; qu’un Noir voyageait à

même la coque des péniches, aux pieds du Blanc dans sa cabine de luxe.

– 9 –

Qui oubliera enfin les fusillades dont périrent tant de nos frères, les cachots dont furent

brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’une justice

d’oppression et d’exploitation ? (Applaudissements.)

Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert.

Mais tout cela aussi, nous que le vote de vos représentants élus a agréés pour diriger

notre cher pays, nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre coeur de

l’oppression colonialiste, nous vous le disons tout haut, tout cela est désormais fini.

La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les

mains de ses propres enfants.

Ensemble, mes frères, mes soeurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte

sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur.

Nous allons établir ensemble la Justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste

rémunération de son travail. (Applaudissements.)

Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la

liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique tout entière.

Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses

enfants. Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront

justes et nobles.

Nous allons mettre fin à l’oppression de la pensée libre et faire en sorte que tous les

citoyens puissent jouir pleinement des libertés fondamentales prévues dans la

déclaration des Droits de l’Homme. (Applaudissements.)

Nous allons supprimer efficacement toute discrimination quelle qu’elle soit et donner à

chacun la juste place que lui vaudra sa dignité humaine, son travail et son dévouement

au pays.

Nous allons faire régner, non pas la paix des fusils et des baïonnettes, mais la paix des

coeurs et des bonnes volontés. (Applaudissements.)

Et pour tout cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter, non

seulement sur nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur l’assistance de

nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque jour qu’elle sera

loyale et ne cherchera pas à nous imposer une politique, quelle qu’elle soit.

(Applaudissements.)

Dans ce domaine, la Belgique qui, comprenant enfin le sens de l’histoire, n’a pas essayé

de s’opposer à notre indépendance est prête à nous accorder son aide et son amitié, et un

traité vient d’être signé dans ce sens entre nos deux pays égaux et indépendants. Cette

coopération, j’en suis sûr, sera profitable aux deux pays. De notre côté, tout en restant

vigilants, nous saurons respecter les engagements librement consentis.

Ainsi, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, le Congo nouveau, notre chère République que

mon gouvernement va créer, sera un pays riche, libre et prospère. Mais pour que nous

arrivions sans retard à ce but, vous tous, législateurs et citoyens congolais, je vous

demande de m’aider de toutes vos forces.

Je vous demande à tous d’oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de

nous faire mépriser à l’étranger. Je demande à la minorité parlementaire d’aider mon

– 10 –

gouvernement par une opposition constructive et de rester strictement dans les voies

légales et démocratiques.

Je vous demande à tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer la réussite de

notre grandiose entreprise.

Je vous demande enfin de respecter inconditionnellement la vie et les biens de vos

concitoyens et des étrangers établis dans notre pays. Si la conduite de ces étrangers

laisse à désirer, notre justice sera prompte à les expulser du territoire de la République ;

si par contre leur conduite est bonne, il faut les laisser en paix, car eux aussi travaillent à

la prospérité de notre pays.

L’Indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent

africain. (Applaudissements.)

Voilà, Sire, Excellences, Mesdames, Messieurs, mes chers compatriotes, mes frères de

race, mes frères de lutte, ce que j’ai voulu vous dire au nom du gouvernement en ce jour

magnifique de notre Indépendance complète et souveraine. (Applaudissements.)

Notre gouvernement, fort, national, populaire sera le salut de ce peuple.

Hommage aux combattants de la liberté nationale !

Vive l’lndépendance et l’Unité Africaine !

Vive le Congo indépendant et souverain !

(Applaudissements prolongés.)

Patrice Emery Lumumba, Premier Ministre

4 Réponses

  1. Il est vraiment né 50 ans trop tôt…

    Il met une claque à beaucoup de dirigeants Africains qui ne savent pas (ou de veulent pas) rentrer dans l’histoire.

    Mais il est temps, désormais d’oublier cette affaire d »‘indépendance » et enfin travailler pour sortir ce continent de la où il se trouve… dans l’arrière cour des abysses.

    • Ouè plusieurs de nos dirigeant ont bien des choses à apprendre de lui. Et de même qu’on n’oublie pas sa date de naissance, on ne saurait oublier son indépendance, car ce sont là nos premiers cris, cris d’espoirs vers une nouvelle destinée. C’est cela même qui lorsque certains baissent les bras, nous réconforte et nous rappelle que d’autres se sont battus et ont gagné, alors pourquoi pas nous.

      • c’est exactement ce que je ne cautionne pas ! nous ne sommes pas né le jour de l’indépendance. L’Afrique est un continent qui existe depuis des lustres et aurait même pu être un modèle pour d’autres civilisations. Nous réduire à un bébé qui n’a poussé son premier cri il y a (seulement) 50 ans est maladroit.

  2. Le continent africain certes existe bien avant l’indépendance, c’est même il paraît le berceau de l’humanité. Mais les nations africaines, avec des peuples unis par les mêmes histoires, les mêmes devises, et soumis aux mêmes lois, n’ont vu le jour qu’après l’indépendance. Et ce n’est pas une faiblesse que de le reconnaître

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :